SAINT IRÉNÉE

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Disciple de saint Polycarpe et, à travers lui, de saint Jean l’Apôtre, Irénée fait partie des Pères de l’Église de première importance dans l’histoire de l’Église. Il était originaire d’Asie.

En 177, il succéda à l’évêque de Lyon, saint Pothin, âgé de quatre-vingt-dix ans, qui mourut lors de la persécution des chrétiens.

Quelques jours avant les émeutes antichrétiennes, Irénée avait été envoyé à Rome par son évêque pour éclaircir certaines questions doctrinales. À son retour à Lyon, dès que la tempête s’est calmée, il est appelé à prendre la place de l’évêque martyr dans une Église massacrée dans ses prêtres et une grande partie de ses fidèles.

Il se retrouva à gouverner toute l’Église gauloise en tant qu’évêque unique. Grec, Irène apprend les langues des barbares pour évangéliser les peuples celtes et germaniques. Et là où sa voix n’est pas parvenue, les écrits l’ont fait.

Le 21 janvier 2022, le pape François l’a déclaré docteur de l’Église avec le titre de « Doctor unitatis ». Ireneus est donc le premier martyr de l’histoire de l’Église à recevoir le titre de « Docteur ».

Sa commémoration liturgique a lieu aujourd’hui, le 28 juin. Jusqu’au Missel de 1962, elle était fixée au 3 juillet.

Vie de saint Irénée

Le nom « Irénée », du grec Ειρηναίος (Eirenaios), signifie « paisible », « artisan de paix », « ange », c’est-à-dire celui qui cherche à apporter la paix ou à la maintenir. Le programme de vie d’Irénée de Lyon est également basé sur cette signification.

Il a été le premier théologien chrétien à tenter de développer une synthèse globale du christianisme primitif. Il a vécu à une époque historique marquée par deux événements culturels d’une grande profondeur. La montée du gnosticisme dans la sphère chrétienne et la diffusion du néo-platonisme dans le monde païen.

Alors qu’Irénée, à travers son œuvre, tentait de donner une réponse définitive afin de mettre en évidence les erreurs prétendument contenues dans le gnosticisme, il ouvrit un dialogue avec le néoplatonisme et accepta certains principes généraux de cette même philosophie, en les élaborant personnellement.

Selon Irénée, les philosophes grecs ignorent Dieu (Contre les hérésies, II, 14, 2). Cependant, ils reconnaissent Platon comme le plus pieux des gnostiques. Comme le penseur athénien l’affirme lui-même dans les Lois : Il enseigne « comme une ancienne tradition ». Dieu tient fermement dans sa main le commencement, le terme et le support du principe de tout ce qui existe. De par sa nature même, il poursuit une rotation infinie. Et après lui vient la justice éternelle.

Les informations biographiques concernant Irénée proviennent du témoignage d’Eusèbe dans le cinquième livre de son Histoire de l’Église. Selon toute probabilité, il est né à Smyrne (aujourd’hui Izmir en Turquie) en 135-140 dans une famille chrétienne d’origine grecque. Dans sa jeunesse, il fut le disciple de l’évêque Polycarpe, qui connaissait personnellement l’apôtre Jean.

On ne sait pas exactement quand il a quitté l’Asie mineure pour la Gaule. Ce déplacement a dû coïncider avec les premiers développements de la communauté chrétienne à Lyon vers 170.

À Rome, Irénée honore son nom en proposant l’unité œcuménique au pape Victor, lui conseillant de ne pas excommunier les Églises d’Asie qui ne souhaitaient pas célébrer Pâques à la même date que les autres communautés chrétiennes. Avec les mêmes intentions pacifiques, il travailla avec les évêques des autres communautés chrétiennes pour le triomphe de la concorde et de l’unité, et surtout il s’engagea dans la tradition apostolique pour lutter contre le rationalisme gnostique.

Mais il a été un véritable témoin de la foi dans une période de persécution sévère. Étant donné qu’il n’y avait probablement pas d’autres évêques en Gaule et dans les régions frontalières de l’Allemagne voisine, son champ d’action était très vaste.

Le Grec avait appris des langues «barbares» pour évangéliser les populations celtiques. De la chronotaxie (l’histoire) des évêques de Lyon, (du grec chronos, temps et taxis, ordre : liste par ordre chronologique), il ressort qu’Irénée était le deuxième dans la lignée du premier évêque Pothin, et fut martyrisé en 177 sous la persécution de Marcus Aurèle.

À son retour de Rome et après la mort tragique de l’évêque Pothin en prison en 177, Irénée fut nommé évêque de la ville de Lyon la même année, se consacrant pleinement à sa responsabilité pastorale, qui s’acheva probablement vers 202-203. Et par le martyre !

Il fut enterré dans l’église Saint Jean, plus tard connue sous le nom de Saint Irénée. Son tombeau et ses restes ont été détruits par les huguenots en 1562, lors des guerres de religion.

L’œuvre d’Irénée

Irénée est avant tout un homme de foi et un pasteur. Il avait le sens de la mesure du Bon Pasteur, la richesse de la doctrine et le zèle missionnaire. En tant qu’écrivain, il poursuit un double objectif : Défendre la vraie doctrine contre les attaques des hérétiques et expliquer clairement les vérités de la foi. Les deux principaux ouvrages qu’il a conservés correspondent précisément à ces objectifs : Les cinq livres de l’Adversus haereses (Contre les hérésies) et de la Demonstratio apostolicae praedicationis (Explication de la prédication apostolique), dans lesquels il expose de manière concise et précise la doctrine catholique. Il s’agit d’un véritable catéchisme de la doctrine catholique; on peut donc également l’appeler le plus ancien « catéchisme de la doctrine chrétienne ». Irène peut être considéré comme un véritable champion dans la lutte contre les hérésies.

La pensée et l’œuvre d’Irénée ont été directement influencées par Polycarpe, disciple de Jean l’Évangéliste. Elles témoignent de la tradition apostolique qui, à l’époque, s’engageait contre la prolifération de diverses hérésies, notamment le gnosticisme, dont Irénée était un fervent opposant.

Sa pensée

Irène peut être considéré comme le premier théologien chrétien, car il a tenté d’élaborer la première synthèse globale du christianisme primitif.  Par son travail assidu, Irénée a tenté de donner une réponse claire et précise aux soi-disant sophismes du gnosticisme. En ce qui concerne le néoplatonisme, il ouvrit un certain dialogue, acceptant même certains principes généraux et les soumettant à une réflexion personnelle.

S’en tenant strictement à la doctrine biblique de la création, Irène, du gnosticisme, réfute le dualisme et le pessimisme qui dévalorisent les réalités corporelles. Il affirme la bonté originelle de la matière, du corps, de la chair, aussi bien que de l’âme. Son œuvre va bien au-delà de la réfutation de l’hérésie, car il se présente comme le premier grand théologien de l’Église primitive qui a créé une vision systématique de la théologie, c’est-à-dire une vision d’un système théologique très cohérent à travers tous les articles de foi.

La tradition apostolique

Selon Irénée, la « Règle de foi » coïncide pratiquement avec le Credo des Apôtres, qui est la clé d’interprétation de l’Évangile. Le Credo apostolique est en effet une synthèse particulière de l’Évangile qui aide à comprendre à la fois ce qu’il signifie et comment l’Évangile lui-même doit être lu.

L’Évangile prêché par Irénée est en fait l’Évangile qu’il a reçu de Polycarpe, évêque de Smyrne, et qui remonte à l’apôtre Jean. Le véritable enseignement n’est donc pas l’enseignement inventé par des intellectuels au-delà de la foi simple de l’Église, mais l’enseignement fondé sur les Apôtres qui, communiquant directement avec les évêques en une chaîne ininterrompue, ont formé ce qu’on appelle la Tradition (du latin tradition, tradere : livrer, transmettre, qui traduit le grec παράδοσις : paradosis, l’une des deux sources de la Révélation.

Les Apôtres ont enseigné une foi simple basée sur la révélation de Dieu. C’est pourquoi – dit Ireneus – il n’y a pas de doctrine cachée derrière la foi commune de l’Église. Il n’y a pas de christianisme supérieur pour les intellectuels. La foi confessée publiquement par l’Église est la foi commune de tous. Seule cette foi est apostolique.

Elle vient des apôtres, c’est-à-dire de Jésus et de Dieu. Les chrétiens qui adhèrent à cette foi, transmise publiquement par les apôtres, doivent observer ce que disent les évêques et surtout tenir compte de leur enseignement. L’Église de Rome est éminente et très ancienne. Cette Église possède la plus grande apostolicité en raison de son ancienneté, puisqu’elle tire son origine directement de Pierre et de Paul, les piliers du Collège apostolique. Toutes les Églises locales doivent être en accord avec l’Église de Rome.

La succession apostolique, affirmée sur la base de l’unité avec l’Église romaine, constitue le critère de la continuité des Églises individuelles dans la Tradition apostolique. En effet, Irénée écrit à nouveau ce qui suit : « Par ce commandement et dans cet ordre, la prédication de la tradition et de la vérité, qui est dans l’Église depuis les Apôtres, est parvenue jusqu’à nous. Et c’est là la preuve la plus complète que la foi vivifiante des Apôtres, conservée et transmise dans la vérité, est une seule et même chose » (Contre les hérésies, III, 3, 3).

Avec ces arguments, Irénée réfute complètement les affirmations des gnostiques. Tout d’abord, ils ne possèdent pas une vérité qui serait supérieure à la foi commune, car ce qu’ils disent n’est pas d’origine apostolique, mais inventé par eux-mêmes. Deuxièmement, la vérité et le salut ne sont pas le privilège et le monopole de quelques-uns. Ce n’est que par la prédication des successeurs des Apôtres, et surtout de l’évêque de Rome, que chacun peut y avoir accès.

Saint Irénée a également écrit un petit livre, La démonstration de la prédication apostolique, qui a été découvert en 1904 dans une traduction arménienne. Il s’agit d’une apologie des grandes vérités chrétiennes basée sur l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament. Le centre de toute la pensée théologique du Saint est cependant constitué par la doctrine selon laquelle l’unité de la chair humaine et du monde matériel doit se résumer dans le Christ, prototype de l’humanité et premier exemple de la création.

Ce concept glorieux englobe à la fois les desseins cachés de Dieu et leur réalisation historique à travers l’incarnation rédemptrice de son Fils. Aux thèses si chères à saint Irénée du Christ nouvel Adam, de Marie nouvelle Eve, s’ajoutent celles de la divinisation de l’homme tout entier par la grâce, de son salut final dans un monde matériel pleinement restauré.

Source : https://www.santiebeati.it/dettaglio/23500